Le journal de Lola 3

 

Mai 2018

Du nouveau…      

Je n’ai pas donné de nouvelles de Lola depuis plusieurs mois parce que ce que j’aurais pu dire aurait ressemblé en grande partie à ce que j’avais déjà écrit. Je n’avais pas remarqué de points vraiment nouveaux à souligner.
Elle a 4 ans et demi maintenant et depuis le début de cette année, j’ai pu noter quelques changements.
D’abord, d’une façon générale, elle manifeste beaucoup plus souvent une opposition lorsque, la voyant perturbée, je lui fais la proposition de faire comme Bambou ou de faire le petit chemin dans son cœur . Très fréquemment, elle me répond avec virulence : J’ai pas envie !
Et surtout, depuis quelques temps, je l’entends évoquer fréquemment les raisons extérieures à ses malaises : C’est maman qui me fait pleurer parce queC’est toi quiC’est de ta faute
Pour la première fois, en févier dernier, j’ai commencé à lui parler réellement de la  prise de responsabilité du ressenti , pas avec ces termes bien sûr, mais en lui montrant, sur le coeur de Bambou , le carrefour et ce chemin qui monte en direction de l’autre, de l’ennemi et qui ne permet plus d’accompagner l’émotion vers la main douce du côté de l’arc-en-ciel. Elle m’a écoutée avec attention mais n’a fait aucun commentaire. Depuis, j’ai eu souvent l’occasion d’en reparler avec elle et tout me laisse à penser que ce n’est pas fini… !

C’est la crise….

Lola était depuis un moment dans sa chambre lorsque j’y suis entrée sans précaution pour lui préciser que c’était l’heure du repas. Sans que j’en sois vraiment certaine, il me semble qu’elle venait de s’assoupir et qu’involontairement je l’ai réveillée brutalement.
Réveil brutal= situation absolument insupportable pour elle!
Mon intrusion a donc déclenché une incroyable tempête de cris, de pleurs, de vociférations de toutes sortes et bien évidemment le refus catégorique de venir à table. J’ai tenté quelques propositions notamment en parlant de Bambou et du petit chemin qui n’ont eu pour effet que de décupler l’orage.
J’ai été sidérée par l’ampleur du phénomène qui a provoqué en moi une véritable bourrasque émotionnelle. Je me sentais totalement impuissante et décontenancée : quoi faire ? Impossible de trouver une réponse cohérente.
Alors, comme elle ne courait raisonnablement aucun danger, j’ai fait le choix (difficile) de la laisser, d’aller m’asseoir et d’accompagner ma propre tempête intérieure. Les vagues se succédaient : colère (contre Lola : franchement, elle exagère de se mettre dans un état pareil pour si peu ! ), culpabilité (qu’est-ce que j’ai mal fait ?) grande tristesse (envie de la prendre dans mes bras et de la consoler) agacement (contre le papi qui voulait intervenir).
Il me reste surtout le souvenir de cette difficulté à rester avec ce qui me traversait. Dans ma confusion, j’avais pourtant conscience d’un moment important qui ne devait pas me faire céder à mes impulsions désordonnées du moment. Si j’étais intervenue à cet instant, qu’est-ce que j’aurais transmis à ma petite fille ? un élan de colère ? ou quelques secondes plus tard une vague de culpabilité ? ou encore un peu plus tard un épanchement de tristesse ?…..
Je vois maintenant que c’était un moment douloureux essentiellement parce que je le refusais dans sa forme, dans son processus, parce que j’avais tellement envie d’une résolution rapide, j’avais tellement envie qu’il ne soit plus… et vite !
Lorsque j’ai eu retrouvé la paix en moi, Lola l’avait retrouvée en elle aussi.
C’est un aspect important de la démarche de l’auto-accompagnement des émotions. Avant de vouloir résoudre un malaise avec ou chez un enfant, il est primordial d’accompagner d’abord son propre malaise, s’il se manifeste, afin de retrouver en soi un espace de paix qui, on le conçoit aisément, sera beaucoup plus favorable à l’émergence d’une action juste en cet instant unique.

                                                            Mieux que des mots…

Comme je l’ai précisé précédemment, Lola est presque toujours dans le refus, en ce moment, lorsque je l’invite à accompagner une émotion comme Bambou . Lorsque je sens que cela pourrait être une aide pour elle, je lui fais néanmoins la proposition, mais sans insister ni rien forcer, juste pour lui rappeler que l’auto-accompagnement des émotions existe et qu’elle en connaît le chemin.
Par contre, lorsque je me sens moi-même envahie par une émotion relativement intense, je ne manque pas une occasion de l’accompagner en direct en précisant à Lola ce que je suis en train de faire, sans autre commentaire.
Je me souviens d’un jour où elle était particulièrement  ronchon  et, comme il lui arrive parfois, dans une opposition systématique à tout …. Au bout d’un moment, j’ai senti en moi l’agacement s’installer. Je me suis assise au sol et je lui ai dit tout simplement : Je me sens très agacée, alors je vais faire le petit chemin dans mon cœur.

Elle m’a regardée, sans un mot est venue s’asseoir sur moi et, malgré son agitation de l’instant, est restée tout à fait calme et silencieuse pendant tout la durée de mon propre accompagnement intérieur. Lorsque je me suis sentie à nouveau apaisée, j’ai juste ajouté : L’agacement est parti de mon cœur . Elle s’est alors retournée avec un grand sourire en disant :  Moi aussi, mamie !
Visiblement, la contrariété avait réellement quitté le cœur de ma petite fille car son attitude a complètement changé à la suite de cette pause intérieure.
La proposition avait donc été entendue et reçue malgré les apparences, au-delà des mots, juste par ce partage sans attente. Cet épisode ressemble beaucoup à un autre que j’avais déjà évoqué mais je voulais souligner vraiment l’importance de l’expérience commune.
Nous ne devons pas négliger cette façon de transmettre à un enfant, certainement, à ses yeux, la plus cohérente, la plus sensée . Nous ne sommes pas différents de lui et ce que nous lui proposons, nous le faisons vivre d’abord en nous mêmes.
Le partage d’expérience vaut  mieux que tous les mots…

 

 

 

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