Le journal de Lola

Lola, ma petite- fille, est née en 2013. Dès que cela a été possible, j’ai eu à cœur de partager avec elle la démarche de l’auto-accompagnement des émotions avec le support du livre « Bambou au pays des émotions »

Voici le contexte. Je ne vis pas avec Lola. Je la vois de manière régulière, pendant plusieurs jours d’affilée, seule avec elle pendant de longs moments ou dans un contexte de réunions familiales. Les parents de Lola, séparés, ne sont pas investis eux-mêmes dans cette démarche. Sa maman manifeste le plus souvent une grande bienveillance à l’égard des émotions de sa fille même si, pour le moment, elle ne relaie pas véritablement la proposition de l’auto-accompagnement des émotions.

J’ai lu à Lola « Bambou au pays des émotions » dès sa parution en janvier 2015. Elle était déjà en capacité d’écouter de longues histoires avec beaucoup d’attention. Elle souhaitait toujours que je lui lise le livre intégralement, du premier mot jusqu’au dernier. Très rapidement, j’ai pu constater qu’elle le connaissait par cœur. Elle faisait peu de commentaires sauf quelques questions au sujet d’objets ou de personnages qu’elle cherchait dans les illustrations. Par exemple: « Il est où le doudou ? » « Il est où Pipo ? » Nous avons rajouté ces deux dessins lors d’une nouvelle édition.

A cet âge (18 mois-2 ans), elle connaissait la signification des mots colère, peur, tristesse et joie et savait reconnaître leur manifestation .Elle répondait à certaines questions du livre spontanément, sans que je le lui demande. Par exemple: « Et toi, as-tu déjà ressenti Madame Colère à l’intérieur de toi?  » A cette occasion, je me suis aperçue qu’elle opérait un tri dans ses réponses. Pour Madame Colère, Madame Peur, Madame Tristesse, elle répondait systématiquement « Non » et pour Madame Joie toujours « Oui ». Je crois qu’elle manifestait ainsi sa préférence, puis avec le temps, ce tri ne s’est plus produit. Elle aimait beaucoup manipuler les figurines des émotions et les collait un peu partout dans la maison. Lorsque j’arrivais chez elle, il lui arrivait de me réclamer « Bambou ».

Lorsqu’elle manifestait une émotion assez forte, je l’interrogeais souvent sur ce qui se passait dans son cœur et je lui parlais souvent du petit chemin à l’intérieur. Je ne sais pas ce que cela pouvait vraiment évoquer pour elle et je ne cherchais pas vraiment à le savoir. Je veillais à n’être jamais insistante dans mes demandes, je ne cherchais pas de réponses mais juste à attirer son attention sur certains aspects de sa vie.

Maintenant, elle a un peu plus de 3 ans. Je lui ai offert la nouvelle édition du livre, le CD et je lui ai installé la frise de Bambou dans sa chambre. Elle est très heureuse d’avoir cette frise et aime manipuler les figurines des émotions. Elle a accueilli le CD avec beaucoup d’enthousiasme et l’a écouté plusieurs fois de suite.
Voilà pour les observations extérieures.

Pour les manifestations plus intérieures, voici les constats que j’ai pu faire, dans le contexte de mes rencontres avec Lola:
– elle reconnaît en elle les manifestations des émotions de base que sont la peur, la tristesse, la colère et la joie et les exprime souvent naturellement.
– elle sait que ça se passe dans son cœur, à l’intérieur d’elle. Elle sait aussi qu’une émotion évolue, passe, se transforme. Elle peut dire: « Tout à l’heure c’était Madame Colère qui était dans mon cœur, maintenant c’est Madame Joie »
– elle peut transposer ce regard sur ses proches. Un jour sa maman manifestait un moment de découragement et elle a fait cette remarque: « C’est Madame Tristesse qui est là » signe que cette attention aux émotions, pour elle et pour les autres, devient quelque chose de concret et de vivant.
– en ce qui concerne la prise de responsabilité de l’émotion, je ne peux pas dire que je l’aie abordée avec elle. Je dirais même que, pour le moment, ce n’est pas nécessaire car je ne l’ai encore jamais entendue rendre quelqu’un d’autre responsable de ce qu’elle vit.
Elle vit l’émotion à fond, l’histoire qui a provoqué cette émotion est secondaire, en tout cas, elle ne l’exprime pas. Par exemple, elle dit: « Mon papa me manque » et manifeste franchement sa tristesse mais elle ne commente pas le fait que son papa ne soit pas là. Lorsqu’elle est en colère, elle vit sa colère, pour le moment tout en manifestation extérieure, mais ne commente pas l’évènement qui a déclenché sa colère. Bien évidemment, je ne parle que des moments où je suis présente, je ne sais pas s’il lui arrive de le faire en d’autres circonstances.

Pendant les vacances d’automne ( novembre 2016), j’ai assisté en direct au premier « mini-accompagnement » d’une émotion.

Lola était depuis un moment, seule, en pleurs sur son lit à la suite d’une contrariété.
Après quelques instants, je me suis approchée d’elle et lui ai demandé ce qui se passait dans son cœur. « C’est Madame « Pleurs » qui est là! » me répondit-elle. Je lui ai demandé si elle voulait faire comme Bambou ce qu’elle a accepté immédiatement. Elle a placé toutes les figurines de la tristesse sur le cœur de Bambou et pendant qu’elle faisait cela, sa vague de tristesse a disparu. Immédiatement, elle s’est précipitée sur la plus grosse des figurines de la joie (qu’elle adore!) et l’a posée à la place de la Tristesse pour manifester son soulagement. Je ne peux pas vraiment savoir ce qui s’est passé en elle, mais j’ai pu simplement constater son changement d’état sans que je manifeste, à l’extérieur, le moindre élan de consolation. Il me plaît à penser qu’il y a eu une forme d’auto-accompagnement…Il y a aussi beaucoup d’autres moments où Lola refuse cette proposition en criant : « Non,j’ai pas envie! »

Voilà ce que je peux dire en ce qui concerne cette expérience. Mes observations restent très modestes encore, d’une part à cause du jeune âge de Lola et d’autre part, du fait de ma présence épisodique à ses côtés. Mais les premiers signes me semblent vraiment très encourageants et je me réjouis de pouvoir offrir cette approche à ma petite-fille, approche qui n’est rien d’autre qu’une véritable ouverture sur la profondeur et l’étendue de la vie intérieure et qui va bien au-delà d’un simple baume émotionnel.

Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur « Le journal de Lola »

  1. Je suis émerveillée par le cheminement de Lola, je ne peux que souhaiter une opportunité de même nature à d’autres enfants, à tous les enfants ( …. j’ai fait un rêve ….:)

    Aimé par 1 personne

  2. Oui, quel beau témoignage, plein d’espoir. Je formule un autre rêve, que toutes les écoles proposent cette démarche d’auto-accompagnement des émotions pour les enfants…

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