Nous apprenons…

Au sein des activités périscolaires d’une petite école de campagne, dans le cadre d’un atelier d’exploration théâtrale avec un petit groupe d’enfants de 8 à 10 ans, j’ai pu proposer l’accompagnement des émotions à partir des livres « Mes émotions… Des visiteuses inattendues » et « Bambou au pays des émotions ».
Je vivais cette exploration pour la première fois avec un groupe d’enfants et ai appris beaucoup de choses. Voici quelques notes prises au retour de ces ateliers :
Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec les enfants. Ils sont dix, âgés de 8 à 10 ans. Les ateliers sont courts (30 minutes), il n’est donc pas très évident de créer l’ambiance un peu calme pour une exploration plus « intérieure ». Nous sommes en fin de journée. Les enfants arrivent le plus souvent assez fatigués et agités. Je commence avec un ou deux petits jeux simples qui ramènent doucement le calme. Exemple de jeu : Nous sommes assis en cercle. Un enfant est au centre, assis sur une chaise les yeux bandés. Sous la chaise, un trousseau de clé. Un enfant, que je désigne, doit aller rechercher les clés sous la chaise. Celui assis, sans l’entendre venir, désigne du doigt la direction de celui qui s’approche. Ce jeu demande de l’attention et du calme chez tous les enfants, toujours enthousiastes pour le faire. Nous restons ensuite en cercle, nous donnons la main et faisons « passer le courant », toujours les yeux fermés, en donnant à tour de rôle une petite pression de la main à notre voisin le plus proche, comme pour faire circuler un « courant » qui doit faire le tour du cercle sans s’interrompre. En général, lorsque nous parvenons à faire une ou deux fois le tour du cercle sans que le courant ne se soit perdu, les enfants semblent plus apaisés.


Ensuite, je leur ai montré le livre « Mes émotions… Des visiteuses inattendues ». Deux enfants étaient assis sur mes genoux et un accroché dans mon dos, ce n’était pas très facile pour leur présenter le livre, mais j’ai laissé faire. Ceux qui sont venus spontanément se placer de cette façon étaient les plus agités et semblaient se calmer dans cette position. Les enfants du CE2 (9 ans) parlent des émotions avec la maîtresse, ils en connaissent au moins le nom, mais le contact intime avec le ressenti de l’émotion est vraiment une autre étape. Nous avons lu la première histoire du livre jusqu’à l’attention et la vague.
Puis, nous avons fait un petit jeu sur l’attention. Un enfant décrivait les yeux fermés des objets dont il se souvenait dans la pièce où nous nous trouvions. Une seconde fois, je les ai invités à prendre le temps d’observer attentivement plus de détails dans la pièce, puis nous avons recommencé le jeu les yeux fermés. Cette fois-ci, tous ont constaté qu’ils pouvaient énumérer plus de choses. Voilà la démonstration des résultats d’avoir été attentifs.
Les yeux fermés, nous avons ensuite été attentifs à notre respiration. Un des enfants s’est allongé et endormi. J’ai invité les autres à parler tout bas pour ne pas le déranger, ce qui donnait une ambiance tout de suite plus « intériorisée ».
A un autre moment, je leur ai proposé un petit jeu d’exploration consistant à exprimer juste en quelques mots dans l’instant ce qu’ils pensent dans sa tête, ce qu’ils ressentent comme sensation dans le corps, puis ce qu’ils ressentent comme émotion. M’apercevant très vite qu’il est difficile et inhabituel pour les enfants d’exprimer ce qu’ils ressentent dans l’instant, j’ai aménagé un peu la proposition. J’ai pris 7 chaises et placé dessus 7 petites feuilles de papier sur lesquelles était écrit le nom d’une émotion. Les enfants ont choisi chacun une chaise avec une émotion. Je leur ai demandé, dans un premier temps, d’exprimer en quelques mots un souvenir du ressenti de cette émotion, puis de se rappeler ce qu’ils ont pu penser à ce moment-là dans leur tête, puis d’essayer de se souvenir de ce que cela faisait dans leur corps et enfin de répéter la phrase : « A ce moment-là, je ressentais de la… (nommer l’émotion) ».
Voici quelques exemples de témoignages des enfants :
Claire (9 ans), souvenir : « Avec mon grand-père, on a regardé les étoiles cet été ».
– Dans ma tête, c’était « Wouah.. Trop beau !!!
– Dans mon corps, ça faisait comme des bulles d’eau.
– Je ressentais à ce moment-là de l’émerveillement. »
Clémentine (9 ans), souvenir : « Un jour, y’avait une araignée dans la douche.
– Dans ma tête : Maman !
– Dans mon corps : tout serré.
– Je ressentais de la peur. »
Sophie (9 ans), souvenir : « Quand je suis arrivée dans cette nouvelle école en début d’année, on se moquait de moi.
– Dans ma tête : je déteste cette école.
– Dans mon corps : j’avais envie d’être toute petite.
– Je ressentais de la honte. »
Elisa (8 ans), souvenir : « À la gym, j’ai réussi à faire une roue.
– Dans ma tête : super !
– Dans mon corps : ça faisait tout chaud.
– Je ressentais de la joie. »
Nino (9 ans), souvenir : « Ma maman m’a fâché parce que je l’écoutais pas.
– Dans ma tête : j’en ai marre d’elle.
– Dans mon corps : une grosse boule de feu Pokémon.
– Je ressentais de la colère. »
Théo (9 ans), souvenir : « J’ai l’impression que ma maman, elle préfère ma petite sœur.
– Dans ma tête : on dirait qu’elle m’aime moins maintenant.
– Dans mon corps : c’est du feu et je me sens tout petit comme une souris.
– Je ressentais de la jalousie. »
C’était beau de les écouter partager avec beaucoup de simplicité ce qu’ils avaient ressenti. Même si nous sommes restés dans le domaine du souvenir, pouvoir ressentir même vaguement que, suivant où on place son attention, on perçoit les évènements d’une façon particulière était une première étape importante. Il y avait en germe, dans cette exploration, un vrai moment de connaissance de soi. Les enfants ont redemandé plusieurs fois à faire ce jeu au cours des autres séances.
Nous avons vécu d’autres ateliers ensemble mais avons à peine effleuré ce qu’est accompagner une émotion. L’exploration demande apparemment un peu plus de temps et nous n’avions que 6 séances.
J’ai aimé ces moments de rencontre avec les enfants. Tout n’a pas toujours été facile ou fluide en moi et avec eux et j’ai encore beaucoup à apprendre. J’ai ressenti combien cela a du sens d’essayer de trouver les moyens et un espace pour faire découvrir aux enfants cette proposition de l’auto-accompagnement qui me tient à cœur et l’éducation à l’intériorité me paraît essentielle aujourd’hui. J’ai pu ressentir combien le sujet des émotions intéresse les enfants. Ils sont souvent contents de pouvoir parler de ce qu’ils vivent, qu’on prenne le temps de les écouter, d’avoir un endroit où ils se sentent un peu au calme pour apprendre à reconnaître ce qu’ils ressentent.
Une amie, qui a travaillé longtemps avec des enfants, me rappelait avec sagesse combien il faut être patient, que toute intégration demande du temps et de l’humilité.
Il est possible que cette expérience se renouvelle dans cette école prochainement et j’en serais heureux. Doucement, pas à pas, nous avons essayé de parcourir, les enfants et moi-même, un petit bout de ce chemin à la rencontre de nos émotions qui nous ouvre les portes de notre vie intérieure.

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