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Dialoguez avec les auteurs ou l’éditeur sur le contenu de nos livres jeunesse.

Bonjour à tous,

Ce blog a pour vocation de diffuser des informations sur les ouvrages jeunesse « Mes émotions… Des visiteuses inattendues », « Bambou aux pays des émotions » et prochainement pour les adolescents « La quête de la plume ».

Ce blog offre également, aux personnes ayant lu les ouvrages mentionnés ci-dessus, la possibilité de dialoguer avec les auteurs  sur leur contenu, sur la démarche de l’auto-accompagnement des émotions proposée dans ces ouvrages pédagogiques, en demandant une précision, par exemple, sur un passage qui vous aura intéressé ou intrigué, ou avec l’éditeur et d’autres lecteurs.

Si vous découvrez ce blog mais que vous ne connaissez pas nos ouvrages jeunesse sur l’auto-accompagnement des émotions, vous pouvez vous les procurer en allant sur le site des éditions LPV.

Enfin, nous voulons conserver un caractère inspirant et positif à ces discussions. Les messages devront donc évidemment rester au minimum courtois pour être publiés. Pour dialoguer, il suffit de lancer un débat en écrivant un commentaire ou un article. Merci de votre contribution et bonne lecture !

L’équipe de LPV

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Le journal de Lola 3

 

Mai 2018

Du nouveau…      

Je n’ai pas donné de nouvelles de Lola depuis plusieurs mois parce que ce que j’aurais pu dire aurait ressemblé en grande partie à ce que j’avais déjà écrit. Je n’avais pas remarqué de points vraiment nouveaux à souligner.
Elle a 4 ans et demi maintenant et depuis le début de cette année, j’ai pu noter quelques changements.
D’abord, d’une façon générale, elle manifeste beaucoup plus souvent une opposition lorsque, la voyant perturbée, je lui fais la proposition de faire comme Bambou ou de faire le petit chemin dans son cœur . Très fréquemment, elle me répond avec virulence : J’ai pas envie !
Et surtout, depuis quelques temps, je l’entends évoquer fréquemment les raisons extérieures à ses malaises : C’est maman qui me fait pleurer parce queC’est toi quiC’est de ta faute
Pour la première fois, en févier dernier, j’ai commencé à lui parler réellement de la  prise de responsabilité du ressenti , pas avec ces termes bien sûr, mais en lui montrant, sur le coeur de Bambou , le carrefour et ce chemin qui monte en direction de l’autre, de l’ennemi et qui ne permet plus d’accompagner l’émotion vers la main douce du côté de l’arc-en-ciel. Elle m’a écoutée avec attention mais n’a fait aucun commentaire. Depuis, j’ai eu souvent l’occasion d’en reparler avec elle et tout me laisse à penser que ce n’est pas fini… !

C’est la crise….

Lola était depuis un moment dans sa chambre lorsque j’y suis entrée sans précaution pour lui préciser que c’était l’heure du repas. Sans que j’en sois vraiment certaine, il me semble qu’elle venait de s’assoupir et qu’involontairement je l’ai réveillée brutalement.
Réveil brutal= situation absolument insupportable pour elle!
Mon intrusion a donc déclenché une incroyable tempête de cris, de pleurs, de vociférations de toutes sortes et bien évidemment le refus catégorique de venir à table. J’ai tenté quelques propositions notamment en parlant de Bambou et du petit chemin qui n’ont eu pour effet que de décupler l’orage.
J’ai été sidérée par l’ampleur du phénomène qui a provoqué en moi une véritable bourrasque émotionnelle. Je me sentais totalement impuissante et décontenancée : quoi faire ? Impossible de trouver une réponse cohérente.
Alors, comme elle ne courait raisonnablement aucun danger, j’ai fait le choix (difficile) de la laisser, d’aller m’asseoir et d’accompagner ma propre tempête intérieure. Les vagues se succédaient : colère (contre Lola : franchement, elle exagère de se mettre dans un état pareil pour si peu ! ), culpabilité (qu’est-ce que j’ai mal fait ?) grande tristesse (envie de la prendre dans mes bras et de la consoler) agacement (contre le papi qui voulait intervenir).
Il me reste surtout le souvenir de cette difficulté à rester avec ce qui me traversait. Dans ma confusion, j’avais pourtant conscience d’un moment important qui ne devait pas me faire céder à mes impulsions désordonnées du moment. Si j’étais intervenue à cet instant, qu’est-ce que j’aurais transmis à ma petite fille ? un élan de colère ? ou quelques secondes plus tard une vague de culpabilité ? ou encore un peu plus tard un épanchement de tristesse ?…..
Je vois maintenant que c’était un moment douloureux essentiellement parce que je le refusais dans sa forme, dans son processus, parce que j’avais tellement envie d’une résolution rapide, j’avais tellement envie qu’il ne soit plus… et vite !
Lorsque j’ai eu retrouvé la paix en moi, Lola l’avait retrouvée en elle aussi.
C’est un aspect important de la démarche de l’auto-accompagnement des émotions. Avant de vouloir résoudre un malaise avec ou chez un enfant, il est primordial d’accompagner d’abord son propre malaise, s’il se manifeste, afin de retrouver en soi un espace de paix qui, on le conçoit aisément, sera beaucoup plus favorable à l’émergence d’une action juste en cet instant unique.

                                                            Mieux que des mots…

Comme je l’ai précisé précédemment, Lola est presque toujours dans le refus, en ce moment, lorsque je l’invite à accompagner une émotion comme Bambou . Lorsque je sens que cela pourrait être une aide pour elle, je lui fais néanmoins la proposition, mais sans insister ni rien forcer, juste pour lui rappeler que l’auto-accompagnement des émotions existe et qu’elle en connaît le chemin.
Par contre, lorsque je me sens moi-même envahie par une émotion relativement intense, je ne manque pas une occasion de l’accompagner en direct en précisant à Lola ce que je suis en train de faire, sans autre commentaire.
Je me souviens d’un jour où elle était particulièrement  ronchon  et, comme il lui arrive parfois, dans une opposition systématique à tout …. Au bout d’un moment, j’ai senti en moi l’agacement s’installer. Je me suis assise au sol et je lui ai dit tout simplement : Je me sens très agacée, alors je vais faire le petit chemin dans mon cœur.

Elle m’a regardée, sans un mot est venue s’asseoir sur moi et, malgré son agitation de l’instant, est restée tout à fait calme et silencieuse pendant tout la durée de mon propre accompagnement intérieur. Lorsque je me suis sentie à nouveau apaisée, j’ai juste ajouté : L’agacement est parti de mon cœur . Elle s’est alors retournée avec un grand sourire en disant :  Moi aussi, mamie !
Visiblement, la contrariété avait réellement quitté le cœur de ma petite fille car son attitude a complètement changé à la suite de cette pause intérieure.
La proposition avait donc été entendue et reçue malgré les apparences, au-delà des mots, juste par ce partage sans attente. Cet épisode ressemble beaucoup à un autre que j’avais déjà évoqué mais je voulais souligner vraiment l’importance de l’expérience commune.
Nous ne devons pas négliger cette façon de transmettre à un enfant, certainement, à ses yeux, la plus cohérente, la plus sensée . Nous ne sommes pas différents de lui et ce que nous lui proposons, nous le faisons vivre d’abord en nous mêmes.
Le partage d’expérience vaut  mieux que tous les mots…

 

 

 

Faire découvrir « Bambou au pays des émotions ». Expérience d’un atelier avec des enfants de maternelle.

J’anime de temps en temps des ateliers d’expression théâtrale pour les enfants (maternelle et primaire). Il y a quelques jours, je les retrouvais pour la 4ème séance. Ils ont entre 4 et 6 ans et formaient au départ un petit groupe de 10.

Nous avons commencé cette fois-ci à lire Bambou et à parler des émotions. Les 3 séances précédentes ont été consacrées à essayer de mettre en place avec eux des petits rituels sous forme de jeu, pour essayer de les calmer un peu. Ils sont très agités. Je les retrouve après une journée d’école, la plupart ne font plus la sieste et lorsqu’ils arrivent dans la salle l’agitation, l’excitation ou la fatigue sont fortes. Comme je ne dispose que d’une demi-heure (ce qui est trop peu pour installer une fréquence un peu plus attentive), je passe déjà la moitié du temps à tenter de faire retomber un peu cette énergie « débordante » pour essayer de commencer déjà à s’assoir ensemble, à s’écouter, puis à être attentif.

J’ai commencé les autres séances en les laissant d’abord courir en tout sens, puis en observant ce qui se passait si je faisais résonner le son d’un petit bol tibétain que j’avais apporté avec moi. Assez vite, les enfants se rassemblent autour du bol, mais l’attention est très courte, l’agitation revient vite. Je leur propose quelques jeux les yeux bandés, j’ai pu remarquer qu’en « supprimant » un sens par exemple, cela mobilise l’attention différemment. Elle est comme recentrée on dirait. Nous gardons le code du bol tibétain comme signe de rassemblement en cercle. Ça fonctionne bien.

Les deux autres séances, ils ne sont plus que 7 enfants, (3 d’entre eux ne souhaitent plus venir : « ça ne bouge pas assez pour eux », me dit l’ATSEM de l’école).

Je reconnais que l’ambiance est déjà un peu plus calme, mais l’excitation est encore trop forte (de mon point de vue) pour essayer de parler des émotions ensemble.

Pour cette 4ème séance, je décide d’apporter le livre Bambou. Les enfants sont fatigués, certains sont allongés d’autres grimpent partout. Je fais résonner le bol. Ils se rassemblent en cercle assez vite. Je sens que c’est possible. « Ce soir, nous allons parler des émotions, est ce que vous connaissez des émotions ? »

Plusieurs me répondent qu’ils n’en connaissent pas, qu’ils ne savent pas ce que c’est….

Je leur montre Bambou. Aussitôt les enfants changent de position et semblent se mettre dans la position qu’ils adoptent pour écouter une histoire. Des pouces vont dans la bouche. Des doudous ne sont pas très loin. Le silence s’installe. Un petit moment magique, une fréquence que je reconnais en moi.

Je leur présente chaque émotion. Et à chaque fois, je leur demande le souvenir d’un moment où ils ont ressenti cette émotion. Tout le monde parle. Je fais résonner le bol tibétain pour essayer de ramener un peu de silence et d’écoute. Un par un, les enfants partagent leur souvenir. Je leur demande à chaque fois comment ils ressentaient cette émotion dans leur corps ou dans leur cœur. Beaucoup répondent facilement à cette question. ( » mal de ventre, le cœur tout serré, des chatouilles, comme un boulet de canon qui va vite,… »), je leur demande ce qu’ils pensaient dans leur tête à ce moment là ( ils ne savent pas répondre : peut-être qu’à cet âge ils vivent un peu plus dans l’instant et que revenir sur un évènement passé est trop difficile).

Nous poursuivons la lecture de Bambou et nous faisons l’exercice de l’attention. Fermer les yeux et sentir la respiration entrer et sortir par son nez. Puis je leur dit maintenant vous allez essayer d’être attentif à vos pieds, à vos mains,…

Certains décrochent assez vite, mais trois d’entre eux restent très attentifs pendant ce moment-là.

La séance se terminent. Nous finissons par le petit jeu : « laissons le courant circuler entre nous ». Il s’agit de se donner la main, de former un cercle et de se faire passer une petite impulsion de la main qu’on donne à son voisin de gauche qui le fait passer à son voisin de gauche, etc. Les premières fois, nous n’avons jamais réussi à faire un tour complet avec ce jeu mais hier soir nous avons réussi. L’attention était plus présente cette fois-ci.

C’était un beau moment. Ça demande de mon côté beaucoup d’attention et de disponibilité. Toujours venir avec quelques idées mais pas d’objectif à atteindre ce qui n’est jamais très facile en ce qui me concerne. Il faut quand même porter en soi l’intention de les amener sur ce chemin d’exploration des émotions, sinon rien ne se passe, la séance se déroule dans une sorte de « gestion du temps et de l’agitation » et aucune attention n’a été portée sur les petites occasions d’un instant pour ramener un peu d’attention et d’écoute intérieure.

Je vais poursuivre à la rentrée, cette exploration de la vie intérieure pendant 6 semaines, tous les mardis avec cette fois-ci un groupe d’enfant du primaire. Je me servirai du livre Mes émotions des visiteuses inattendues comme support pour nos échanges.

A suivre….

Le journal de Lola 2

Février 2017

Colère

Aujourd’hui, c’est moi qui me suis mise en colère contre Lola qui, ce matin-là, manifestait beaucoup d’oppositions impétueuses.

Ma colère a débordé pendant quelques instants en direction de ma petite-fille, puis me surprenant « en pleine action », j’ai stoppé rapidement toute manifestation extérieure et ramené mon attention en moi.
Nous étions toutes les deux dans la chambre de Lola. Je me suis assise sur son lit et lui ai dit : « Je me suis mise en colère contre toi et je sens que Madame Colère est encore dans mon cœur, alors je vais faire le petit chemin avec elle. »
Elle s’est assise tout contre moi, sans un mot, et nous sommes restées silencieuses toutes les deux pendant tout le temps de mon accompagnement intérieur. A la fin, j’ai ajouté :   « Ça y est, Madame Colère est partie. »
Elle n’a fait aucun commentaire sur cet épisode, moi non plus, et nous avons repris le fil de nos activités là où nous l’avions laissé.
Mais j’ai pu constater que le bénéfice de ce partage en direct a été double : pour moi bien évidemment mais pour Lola également car, suite à cet instant de communion, elle s’est apaisée, elle aussi, et ses manifestations orageuses du matin ont complètement disparu.

Avril 2017
L’orage.

Dehors, l’orage gronde. Un éclair et un coup de tonnerre plus forts que les autres me font sursauter et m’écrier : « Oh, j’ai eu peur ! » Lola qui était dans les parages s’approche de moi et me confie tout doucement comme un secret: « Tu sais mamie, on a la même chose toutes les deux dans notre cœur. Moi aussi j’ai eu peur. »
Et elle a posé ma main sur son cœur pour que je sente comment il battait fort.

La balançoire

Cet après-midi-là, nous rentrons en voiture après plusieurs heures passées dans une aire de jeux pour enfants. Lola semble fatiguée et, sans qu’aucun évènement particulier n’ait attiré mon attention, elle manifeste de la mauvaise humeur. En regardant dans le rétroviseur, je constate que ses sourcils sont froncés et sa bouche plissée vers le bas, ses yeux lancent des éclairs.

Au bout d’un moment, je lui demande ce qu’elle sent dans son cœur. « Je n’ai pas envie de parler ! » crie-t-elle. Je la laisse et après quelques minutes, j’enclenche le CD de Bambou que j’ai dans la voiture. Elle crie à nouveau : « Je ne veux pas de CD ! » J’arrête le CD et nous arrivons à la maison en silence toutes les deux.

Elle va alors s’installer sur une balancelle dans le jardin et exige, en criant et en tempêtant, que quelqu’un vienne la pousser. Je m’approche et lui dis qu’il y a très peu de chance que quelqu’un l’écoute et fasse ce qu’elle demande si elle continue de crier de cette façon. Là, elle revient vers la maison où je suis rentrée et se met à pleurer contre le mur. Je la laisse un moment puis je m’approche en lui demandant ce qui se passe dans son cœur. Elle continue à pleurer et je lui demande si elle veut faire comme Bambou.

Toujours en larmes, elle rentre, monte dans la mezzanine où se trouve la frise et, en silence, pose toutes les figurines de la Tristesse sur le cœur de Bambou. Elle reste un moment à les manipuler. Je suis près d’elle, mais silencieuse. Au bout d’un certain temps, je lui demande à nouveau ce qu’elle sent dans son cœur.                                                           « C’est encore Madame Tristesse qui est là », répond-elle. Nouveau temps de silence pendant lequel elle continue à tourner les figurines de la Tristesse dans tous les sens. Puis, d’un seul coup, elle les enlève toutes du cœur de Bambou et les remplace par celles de la Joie. Elle me regarde avec un grand sourire, je sens que la vague intérieure est passée et que nous pouvons à nouveau parler.
Je lui demande si dans la voiture, tout à l’heure, c’était déjà de la Tristesse qu’elle ressentait. « Non, dit-elle avec beaucoup d’assurance, c’était Madame Colère qui était là. »

L’enseignement de cet épisode :
Lola a très bien fait la distinction entre le passage de la colère en elle et celui de la tristesse.
Elle a opposé un refus très net à mon intervention dans un premier temps mais était néanmoins tout à fait consciente de ce qu’elle vivait à ce moment-là.
A nouveau, elle n’a pas évoqué les causes des émotions qui l’ont traversée.
Est-ce que l’automatisme de chercher une raison ou un coupable à l’extérieur n’est pas encore installé du fait de sa jeunesse ?

Est-ce que la façon de l’interroger, « Qu’est-ce que tu sens dans ton cœur ? » l’amène directement à son émotion sans autre détour ?

Peut-être un peu des deux……

Le journal de Lola

Lola, ma petite- fille, est née en 2013. Dès que cela a été possible, j’ai eu à cœur de partager avec elle la démarche de l’auto-accompagnement des émotions avec le support du livre « Bambou au pays des émotions »

Voici le contexte. Je ne vis pas avec Lola. Je la vois de manière régulière, pendant plusieurs jours d’affilée, seule avec elle pendant de longs moments ou dans un contexte de réunions familiales. Les parents de Lola, séparés, ne sont pas investis eux-mêmes dans cette démarche. Sa maman manifeste le plus souvent une grande bienveillance à l’égard des émotions de sa fille même si, pour le moment, elle ne relaie pas véritablement la proposition de l’auto-accompagnement des émotions.

J’ai lu à Lola « Bambou au pays des émotions » dès sa parution en janvier 2015. Elle était déjà en capacité d’écouter de longues histoires avec beaucoup d’attention. Elle souhaitait toujours que je lui lise le livre intégralement, du premier mot jusqu’au dernier. Très rapidement, j’ai pu constater qu’elle le connaissait par cœur. Elle faisait peu de commentaires sauf quelques questions au sujet d’objets ou de personnages qu’elle cherchait dans les illustrations. Par exemple: « Il est où le doudou ? » « Il est où Pipo ? » Nous avons rajouté ces deux dessins lors d’une nouvelle édition.

A cet âge (18 mois-2 ans), elle connaissait la signification des mots colère, peur, tristesse et joie et savait reconnaître leur manifestation .Elle répondait à certaines questions du livre spontanément, sans que je le lui demande. Par exemple: « Et toi, as-tu déjà ressenti Madame Colère à l’intérieur de toi?  » A cette occasion, je me suis aperçue qu’elle opérait un tri dans ses réponses. Pour Madame Colère, Madame Peur, Madame Tristesse, elle répondait systématiquement « Non » et pour Madame Joie toujours « Oui ». Je crois qu’elle manifestait ainsi sa préférence, puis avec le temps, ce tri ne s’est plus produit. Elle aimait beaucoup manipuler les figurines des émotions et les collait un peu partout dans la maison. Lorsque j’arrivais chez elle, il lui arrivait de me réclamer « Bambou ».

Lorsqu’elle manifestait une émotion assez forte, je l’interrogeais souvent sur ce qui se passait dans son cœur et je lui parlais souvent du petit chemin à l’intérieur. Je ne sais pas ce que cela pouvait vraiment évoquer pour elle et je ne cherchais pas vraiment à le savoir. Je veillais à n’être jamais insistante dans mes demandes, je ne cherchais pas de réponses mais juste à attirer son attention sur certains aspects de sa vie.

Maintenant, elle a un peu plus de 3 ans. Je lui ai offert la nouvelle édition du livre, le CD et je lui ai installé la frise de Bambou dans sa chambre. Elle est très heureuse d’avoir cette frise et aime manipuler les figurines des émotions. Elle a accueilli le CD avec beaucoup d’enthousiasme et l’a écouté plusieurs fois de suite.
Voilà pour les observations extérieures.

Pour les manifestations plus intérieures, voici les constats que j’ai pu faire, dans le contexte de mes rencontres avec Lola:
– elle reconnaît en elle les manifestations des émotions de base que sont la peur, la tristesse, la colère et la joie et les exprime souvent naturellement.
– elle sait que ça se passe dans son cœur, à l’intérieur d’elle. Elle sait aussi qu’une émotion évolue, passe, se transforme. Elle peut dire: « Tout à l’heure c’était Madame Colère qui était dans mon cœur, maintenant c’est Madame Joie »
– elle peut transposer ce regard sur ses proches. Un jour sa maman manifestait un moment de découragement et elle a fait cette remarque: « C’est Madame Tristesse qui est là » signe que cette attention aux émotions, pour elle et pour les autres, devient quelque chose de concret et de vivant.
– en ce qui concerne la prise de responsabilité de l’émotion, je ne peux pas dire que je l’aie abordée avec elle. Je dirais même que, pour le moment, ce n’est pas nécessaire car je ne l’ai encore jamais entendue rendre quelqu’un d’autre responsable de ce qu’elle vit.
Elle vit l’émotion à fond, l’histoire qui a provoqué cette émotion est secondaire, en tout cas, elle ne l’exprime pas. Par exemple, elle dit: « Mon papa me manque » et manifeste franchement sa tristesse mais elle ne commente pas le fait que son papa ne soit pas là. Lorsqu’elle est en colère, elle vit sa colère, pour le moment tout en manifestation extérieure, mais ne commente pas l’évènement qui a déclenché sa colère. Bien évidemment, je ne parle que des moments où je suis présente, je ne sais pas s’il lui arrive de le faire en d’autres circonstances.

Pendant les vacances d’automne ( novembre 2016), j’ai assisté en direct au premier « mini-accompagnement » d’une émotion.

Lola était depuis un moment, seule, en pleurs sur son lit à la suite d’une contrariété.
Après quelques instants, je me suis approchée d’elle et lui ai demandé ce qui se passait dans son cœur. « C’est Madame « Pleurs » qui est là! » me répondit-elle. Je lui ai demandé si elle voulait faire comme Bambou ce qu’elle a accepté immédiatement. Elle a placé toutes les figurines de la tristesse sur le cœur de Bambou et pendant qu’elle faisait cela, sa vague de tristesse a disparu. Immédiatement, elle s’est précipitée sur la plus grosse des figurines de la joie (qu’elle adore!) et l’a posée à la place de la Tristesse pour manifester son soulagement. Je ne peux pas vraiment savoir ce qui s’est passé en elle, mais j’ai pu simplement constater son changement d’état sans que je manifeste, à l’extérieur, le moindre élan de consolation. Il me plaît à penser qu’il y a eu une forme d’auto-accompagnement…Il y a aussi beaucoup d’autres moments où Lola refuse cette proposition en criant : « Non,j’ai pas envie! »

Voilà ce que je peux dire en ce qui concerne cette expérience. Mes observations restent très modestes encore, d’une part à cause du jeune âge de Lola et d’autre part, du fait de ma présence épisodique à ses côtés. Mais les premiers signes me semblent vraiment très encourageants et je me réjouis de pouvoir offrir cette approche à ma petite-fille, approche qui n’est rien d’autre qu’une véritable ouverture sur la profondeur et l’étendue de la vie intérieure et qui va bien au-delà d’un simple baume émotionnel.

Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Témoignage d’Isabelle

« J’ai eu l’occasion d’aborder MEDVI avec des enfants  de 9 à 13 ans familiarisés dans leur milieu de vie au processus présenté dans l’ouvrage.

Il m’apparait que, tout comme Bambou, ces ouvrages sont des outils précieux dans lesquels puiser pour initier une manière d’être d’accueil ,d’accompagnement et de prise de responsabilité des émotions. Les enfants témoignent de la compréhension du  processus et de leur capacité à le mettre en œuvre dans certaines circonstances.  S’il semble encore un peu timides, c’est peut être parce qu’ils ne sentent pas  encore tout à fait autorisés à vivre ainsi tant par leur groupe de pairs que par l’environnement plus large des adultes. Ceci devrait être un encouragement à développer cette manière d’être porteuse d’une nouvelle manière de vivre ensemble, plus apaisée. »

Une rencontre avec des enseignantes

Mercredi 14 décembre 2016, avec Christiane, nous avons présenté la démarche de l’auto-accompagnement des émotions dès l’enfance à des enseignantes de maternelle, à l’École du Caousou de Toulouse.

Une petite dizaine d’enseignantes assistaient à notre présentation. L’accueil était chaleureux et nous sentions que nous nous adressions à un groupe de personnes unies et rassemblées autour d’une aspiration commune. Nous nous trouvions dans un contexte « favorable », puisque le travail sur l’intériorité est un des volets du projet d’école du Caousou. Madame Granry, la directrice, connaît le travail de Thierry Vissac et a parlé de notre livre « Mes émotions… Des visiteuses inattendues » à plusieurs reprises durant les formations qu’elle dispense.

Nous avons pu ressentir que nous partagions avec les enseignantes présentes la même évidence, à savoir la nécessité essentielle d’une éducation aux émotions chez l’enfant.

Elles ont exprimé également leur conscience que l’on ne peut vouloir faire grandir des enfants sans s’appliquer à grandir soi-même intérieurement. Nous avons pu ressentir qu’Il était possible de parler librement de la vie intérieure, sans percevoir de réticences ou de peurs, car les enseignantes ont l’habitude de parler entre elles de leurs ressentis et de certaines de leurs difficultés intérieures. Une difficulté récurrente à laquelle était confrontée l’une d’elles a été évoquée et nous avons pu la mettre directement en perspective avec la proposition de l’auto-accompagnement des émotions, ce qui a contribué à rendre plus vivants nos propos.

L’écoute a été attentive et les échanges riches et pertinents. Plusieurs livres ont été achetés à l’issue de la présentation.

 Comment pouvons-nous enrichir nos présentations ?

          Nous constatons que la prise de responsabilité du ressenti reste un point délicat. Nous devons insister sur le fait qu’il ne s’agit pas de la prise de responsabilité d’une situation ou d’actes extérieurs, mais uniquement de ce qui s’anime en soi dans une situation donnée. Nous devons également insister sur le fait que cette démarche d’auto-accompagnement des émotions est l’accompagnement intime et solitaire de son propre ressenti. Elle n’est pas directement basée sur la relation à l’autre. L’expression d’une demande tournée vers l’extérieur à cet instant précis entraîne un détournement de l’attention qui rend impossible cet accompagnement.

Il nous faut donc affiner notre manière de présenter, dans le choix des mots, mais sûrement aussi en nous appuyant beaucoup plus sur des exemples concrets. Pouvoir éclairer à la lumière de la proposition de l’auto-accompagnement des émotions une situation vécue par l’un des participants rend notre présentation beaucoup plus explicite.

       La mise en pratique de cette proposition avec un groupe important d’enfants interroge les professionnels de l’éducation et la question : Comment fait-on avec 31 élèves de 3 ans ?, posée par l’une des enseignantes, pourrait donner lieu à une exploration passionnante et constituer une aide réelle et incitatrice pour la mise en œuvre de cette démarche dans le milieu éducatif.

Marie, co-auteur de :  « Mes émotions, des visiteuses inattendues » et de « Bambou au pays des émotions ».